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3 petits cochons

"Ouvre cette porte immédiatement, sinon je souffle, je crache et je pète dedans !"

Comme une petite poignée de contes sureprésentés, les éditions des 3 petits cochons sont innombrables - sans compter les tout aussi innombrables détournements (comme les Trois petits loups et le grand méchant cochon ou Les Trois petites cochones...). Pas facile pourtant de reconnaître le bon grain de l'ivraie dans cette profusion. Sans compter que cette histoire populaire dont les premières traces remontent au XVIIIe siècle reste très classique et morale dans la forme : l'histoire valorise le courage et les responsabilités sur l'insouciance et la paresse et joue sur l'image classique des peurs enfantines représentées par le Grand méchant loup. Pour autant, ne boudons pas notre plaisir : surtout pour les enfants chez qui la répétition est source d'amusement - et aussi de compréhension.

Les Trois Petits Pourceaux de Coline Promeyrat et Joëlle Jolivet publié chez Didier Jeunesse s'inspire d'une version populaire bretonne qui traite le loup avec un peu plus d'humour que d'autres versions. Le texte est drôle et rythmé, à la manière d'une comptine, et les gravures de Joëlle Jolivet permettent de jolis contrastes de tons, faisant ressortir la douceur de l'univers des cochons opposé à la noirceur et à la férocité du loup.

Un grand classique c'est vrai, qui quand il est bien interprété, marche toujours aussi bien. Et l'interprétation, dans les contes classiques, c'est ce qu'il y a de plus important, non ?

Pour commander ce livre :
- Les trois petits pourceaux, Coline Promeyrat et Joëlle Jolivet, Didier Jeunesse, 20 pages, 11 euros, ISBN : 2278301055 - Amazon.fr - Fnac.com

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La chasse à l'ours et à la vache

La magie : entre le possible et l'incroyable

Je ne sais pas si les deux albums dont je souhaite vous parler sont vraiment des chefs d'oeuvres, mais ils sont devenus, chez nous, des incontournables. Ce sont certainement les deux albums qu'on relit le plus et qui distillent toujours le même plaisir. Vous les trouverez peut-être naïfs et insignifiants - je le comprends. Disons qu'une relation personnelle s'est nouée entre ces livres et nous - je veux parler de mon épouse, mes filles et moi-même. Amusant de constater d'ailleurs qu'ils contiennent tout deux une chansonnette sur lesquelles nous avons inventé une musique et qui cristalise la mémoire à chaque lecture, comme quelque chose qu'on échangerait en commun et qui n'appartiendrait qu'à nous. On a essayé, notre chanson ne marche pas forcément sur les autres... Mais les histoires, elles, par contre...

Embrasse la vache ! est une espèce de fabulette naïve et simplette servie par de grands dessins accessibles, lumineux et colorés. Les pleines pages franches et douces de Will Hillenbrand se calent à cette histoire tendre et un peu désuette, et en dégagent une grande harmonie.

L'histoire assez convenue, est celle d'une petite fille obstinée qui veut bien s'essayer à la magie que recèle une vache, mais sans en payer le prix, par pur a-priori. Comme tant d'autres, elle finira, poussée par sa mère, ses innombrables frères et soeurs et sa curiosité, par reconnaître son tort. Pourtant, ce n'est pas la morale de l'histoire qui est séduisante ici, mais peut-être plus cette fausse magie qui l'entoure. Les enfants, confrontés à cette histoire un peu rustique et naturelle, se demandent s'ils font vraiment face à quelque chose de magique. Le pas à franchir n'est pas rebutant (il faut embrasser la vache), juste un peu impressionnant. A croire que traire une vache, l'embrasser, se situe entre le possible et l'incroyable ! Le fait que cet univers ne soit plus celui de nos enfants, rend le doute possible et créé un espace où la magie peut prendre corps. La comptine agit alors comme une formule envoutante, la recette du sortilège.

La chasse à l'ours raconte l'histoire d'une famille qui a décidé de partir à la chasse à l'ours, inconsciente des risques. Elle traverse des épreuves de plus en plus difficiles, comme autant d'obstacles que la nature leur donne à franchir, sans se décourager dans l'adversité, mais continuant à chanter la ritournelle qui les encourage. Jusqu'à ce qu'ils rencontrent vraiment l'ours et que leur vantardise et leur insousiance tombe comme leurs illustions, le temps d'une course folle pour rentrer jusque chez eux, jusque sous la couette chaude du lit, bien protégé des dangers de l'ours. La poésie très décidée de Michael Rosen, alliée aux crayonnés aquarellés d'Helen Oxenbury créé une harmonie assez douce, servit par un sens de la narration, textuel et graphique, qui donne un véritable rythme à cet album. Une alternance de pages qui donne à l'ensemble un dynamisme qui fonde certainement le succès - mérité - de ce titre.

Pour commander ces livres :
- La chasse à l'ours, de Michael Rosen et Helen Oxenbury, L'Ecole des loisirs, Kaléidoscope, 40 pages, 13,60 euros, ISBN : 978-2877671996 - Amazon.fr - Fnac.com. Existe aussi au format poche, 5,5 euros, ISBN : 2211051014 - Fnac.com. Et en version animée, 19 euros, ISBN : 2877675009 - Fnac.com.
  
- Embrasse la vache ! de Phyllis Root (texte) et Will Hillenbrand (dessins), Ecole des loisirs, Pastel, 2001, 28 p., 12 euros, ISBN : 978-2211060455. - Amazon.fr - Fnac.com

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Sac à puces

Cartes à gratter

Difficile de trouver des jeux de cartes pour les plus petits. Même les jeux de 7 familles ne sont pas toujours adaptés à leur niveau de compréhension, quand ils ne leurs demandent pas de savoir parfaitement lire. Et cela, même s'ils sont décorés de leurs héros préférés : ils sont le plus souvent injouables. 

Les jeux simples, faciles, aux parties alertes et rapides fonctionnent bien avec les plus petits. Ceux où la chance joue un grand rôle, car dès que vous introduisez de la statégie ou de la difficulté, vous diminuez la capacité des plus petits à jouer - voir l'avis sur Tric-Trac. Dans ce genre là, Sakapuss, édité par Djeco, rempli pleinement sa fonction. Simple (le principe de jeu est celui du Mistigri, il faut faire une famille de 4 chats de la même couleur), très rapide (les manches durent quelques petites minutes), drôles (à jouer à plusieurs, de 3 à 5 joueurs - attention, ça ne marche pas à deux), les rebondissements y sont nombreux (succession de plusieurs petites parties) et le jeu est très modulable (on peut arrêter dès qu'ils sont lassés, ce qui arrive toujours brutalement). 

Sakapuss est donc un jeu parfaitement efficace qu'on pourra même essayer avec succès auprès des petits (dès 3 ans). 

Pour commander  jeu :
- Sakapuss, Djeco, réalisé par Rémi Saillard. Amazon.fr 
 

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Graine de génie

Profondeurs de la caricature

Tiens, voilà un album drôle et rafraichissant, qui s'inscrit dans la lignée, tant par l'humour que le trait, de l'exellentissime Quentin Blake.

Auteur et illustrateur, encore peu traduit, Simon James nous offre ici un album très amusant d'un bébé qui veut être génie avant que d'être enfant. Son style, à la Blake, proche de la caricature, avec des traits à l'encre réhaussés à l'aquarelle, sert à merveille son texte court et tonique. Une petite fable qui interroge ces parents qui veulent toujours que leur enfant soit mieux que les autres. Un livre qui ravira les enfants, toujours enchantés de voir des plus petits qu'eux faire des choses incroyables.

Profitons en pour parler donc de Zagazou, que je tiens pour la merveille de Quentin Blake (mais vue l'épaisseur et la qualité de la bibliographie, c'est chose difficile). Dans cette histoire à plusieurs niveaux de lectures, on partage la vie d'un couple qui voit arriver, comme par surprise, un bébé dans sa vie... Un bébé qui se transforme en une multitude de monstres : bébé vautour aux cris déchirants, bébé éléphant encombrant, ou même d'un bébé phacophère désobligeant. Une animalerie caustique, sous le trait de ce caricaturiste de génie, qui évoque en raccourci les différentes étapes de nos vies via les transformations physiques et psychologiques - ici spectaculaires - qui les accompagnent. Drôle, forcément.

Pour commander ces livres :
- Quentin Blake, Zagazou Poche : Folio Benjamin, Gallimard, 32 pages, 2001, ISBN : 978-2070548224, 5,5 euros. Amazon.fr - Fnac.com - Version grand format : Gallimard, 1999, ISBN : 978-2070526659, 13,11 euros. Amazon.fr - Fnac.com (pas disponible).

- Simon James, Bébé Génie, Pastel, Ecole des loisirs, 22 pages, ISBN : 978-2211078283, 13 euros. Amazon.fr - Fnac.com

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Renouveler les classiques

Vivifiant

Les plus jolies chansons de notre enfance pourrait être le titre d'une ode au nian-nian où se retrouverait compilée les plus affreuses versions de Frère Jacques, Mon Beau sapin ou Le Pont d'Avignon. Heureusement, il n'en est rien. La couverture et les illustrations d'André Bouchard, qui semble être la réincarnation du grand Dubout, donnent le ton. Nous sommes ici confrontés à une réinterprétation malicieuse et amusante de ces affreuses ritournelles qu'on a trop entendu et que l'on entonne mécaniquement, comme un réflexe pavlovien, mais sans chair. Voilà de quoi redonner une poussée d'énergie à vos cordes vocales.

Si le cd de chanson qui accompagne le livre - et qui est le coeur de l'objet tout de même - est interprété avec un certain classissisme qu'on pourra regretter, on ne regrettera pas le formidable renouvellement que proposent les textes de Vincent Mallone (voir aussi le blog). Ah, quel régal de prendre la tangente des grands classiques, avec générosité, puisque le disque offre une soixantaine de titres : Les Saint-Jacques (pour Frère Jacques), En passant par la quiche Lorraine, Ils étaient trois p’tits durs à cuire (pour Il était un petit navire)...

Les enfants rifougnent et nous regardent avec de gros yeux, surpris que l'on puisse chanter de nouveaux avec eux des paroles qui les décontenance et les amuse sur des musiques qu'ils croyaient connaître par coeur. Vivifiant.

Pour commander le disque :
- Vincent Mallone (textes), André Boucher (dessins), Les plus jolies chansons de notre enfance, Editions du Panama, 2005, 68 pages, 25 euros. ISBN-13: 978-2755700091.
Amazon - Fnac.

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La fessée en débat

Pour libérer la parole de ceux qui en recoivent et culpabiliser ceux qui en donnent

Voilà un livre qui fait naître le débat : êtes-vous pour ou contre la fessée ? Vous me direz, comme le montre très bien les auteurs, cela dépend de quel point de vue on se place : selon que l'on est du camp de ceux qui les donnent ou de ceux qui les reçoivent, votre point de vue sera assurément différent. Et bien voilà un livre qui nous fait entendre le point de vue de ceux qui les reçoivent - et qui prennent cela bien à la légère finalement - afin de culpabiliser un peu ceux qui les donnent.

Et pourtant, c'est dans l'autre sens que commence cette histoire à tiroir - où l'on compte jusqu'à trois récits différents, bien marqués et mises en abîme jusque dans la mise en page. Une mamam moderne commence par nous expliquer pourquoi on ne doit pas donner de fessée à son enfant, alors que celui-ci, ne cesse de la déranger pour lui rappeler qu'elle est en retard. Cette première partie, composée de grands dessins d'enfants, très moderne, où le graphisme bouscule la mise en page, jusqu'à prendre la place du dessin, est assez drôle à raconter et rappelera aux enfants leur quotidien, tout en les faisant rire de se retrouver mis en situation là.

La complicité instaurée, le récit peut passer au coeur du problème. La seconde partie donne la parole aux petites victimes, qui avec philosophie, simplicité, et humour, évoquent les fessées telles qu'ils les connaissent ou les imaginent.

Puis vient l'histoire elle-même, celle qui donne son titre au livre, avec son dessin un peu plus travaillé, comme celui d'un livre ancien. Le conte du prince coupé en deux par une fessée est une fable qui explore la dualité du ressenti des enfants face à cette douloureuse pratique qui les accable. Une histoire allégorique et un peu désuète, qui désavoue la volée, les peurs qu'elle provoque et l'injustice qu'elle engendre.

Les textes d'Olivier Douzou montrent, comme toujours, un grand sens du récit et des dialogues. Et les dessins de Frédérique Bertrand, sa complice de nombreux albums aux éditions du Rouergue notamment, laissent ici place à une inventivité construite et intelligente.

Bien évidemment, les enfants ne seront même pas surpris que tout cela se termine par une fessée. C'est à croire que les parents sont finalement bien prévisibles.

Pour commander ce livre :
- Olivier Douzou (textes), Frédérique Bertrand (dessins), Le conte du prince en deux ou l'histoire d'une mémorable fessée, Seuil Jeunesse, 2005, 54 pages, 14,9 euros. ISBN-10: 2020816873. ISBN-13: 978-2020816878. Amazon.fr - Fnac.com

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Faire une place à Minuscule

Une chaîne poétique et délirante

Je ne connaissais pas Hélène Riff avant que de louer ce Tout petit invité. Quel plaisir ! Quel fraîcheur ! Autant dans les trouvailles graphiques que langagières. Cadrages étranges, personnages fragiles, à peine esquissés, mise en page brouillonne et pourtant savamment agencée.

Sur le thème de la difficulté de faire de la place à un nouveau venu (le bébé), elle nous déporte dans une joyeuse chaîne humaine, de mains tendues mais occupées, de la maman jusqu'au papa (amusant que ces deux personnages là composent le début et la fin de la comptine), en passant par une ribambelle de personnages improbables et loufoques (frères, soeurs, rhinocéros...). Alors que le bébé frappe à la porte, tout le monde est affairé et personne n'est disponible pour l'accueillir. Absorbé à ses activités égoistes et farfelues, chacun se renvoie la balle, de page en page, dans une longue chaîne de personnages, semblable à l'accordéon des pages du livre. La forme rejoint le fond dans une formidable farandole de crayonnés et d'aquarelles.

Un album décalé et moderne, où l'humour du trait fait écho à l'humour du texte :
"- ... si je mélange mes doigts, je ne saurai plus mon âge.
- attends, je vais les tenir, moi, mes doigts pour toi."


La ronde des personnages file et danse sous nos yeux, incongrue, délirante. Un vrai bonheur. J'adore.

Pour commander cet album :
- Hélèe Riff, Le tout petit invité,  Albin Michel Jeunesse, 2005, 30 pages, 14,9 euros, ISBN 2226168389.
Amazon.fr - Fnac.com 

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Pourquoi on s’aime ?

Un moment de tendresse entre une maman et son enfant

Voici l’histoire toute simple d’un ourson plutôt sage qui accompagne sa maman affairée à ses tâches quotidiennes. Alors qu’ils pêchent ou récoltent du miel, le petit ourson gourmand pose à sa maman des questions évidentes et saugrenues, avec les circonvolutions de l’expression enfantine.

« Maman, pourquoi tu m’aimes ? » pourrait être le refrain de ce petit livre charmant qui dit la tendre complicité entre une maman ours et son petit ourson. Les enfants s’identifient à cet ourson espiègle et projettent leur propre mère dans cette maman ours gentille et décidée.

Mis en valeur par les superbes gouaches de Tadao Miyamato, les personnages ont une douceur et une rondeur très attachante. Jouant sur la répétition des formes et des personnages, le dessin reste à la fois simple et travaillé. Hormis quelques actions, les illustrations semblent plutôt répétitives, mais c’est pour mieux travailler l’expression des personnages bien souvent entièrement concentrée dans la tournure de leurs yeux et donner plus de reflet au texte.

Une histoire simple et tendre à réserver aux plus petits, même si les plus grands sauront toujours être touchés par cet ourson impénitent.

Pour commander cet album :
- Tadao Miyamato, Ma maman et moi, Mango Jeunesse, 1997, 32 pages, 6 euros, ISBN 2740411367.
Amazon.fr - Fnac.com

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